Mars, l’étoile rouge

Mars, l’étoile rouge

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Visible à l’œil nu dans notre ciel en juillet 2008 (ne vous inquiétez pas, Mars ne va  pas s’écraser sur la Terre et les martiens ont quitté notre système solaire depuis des lustres !), la planète rouge nous a offert pendant quelques jours son énergie salvatrice, égayant le firmament d’une lueur inhabituelle …

Le 5 décembre 2008, Mars formait une conjonction au Soleil. Cet aspect signifie vitalité et tonus, ainsi qu’une volonté d’entreprendre et de s’affirmer. Qui sait si cette planète n’est pas venue nous délivrer un message ? Offrir à la Terre une alternative à nos problèmes de stockages ? 😀

Selon l’enseignement de la kabbale, la cinquième sephirah de l’arbre de vie, Geburah (dont le nom hébreu signifie Gloire), s’incarne dans le monde visible sous la forme de Mars. Or, la tradition initiatique de l’hermétisme chrétien précise que cette sephirah correspond au lieu où les formes sont épurées, c’est-à-dire évaluées, rectifiées et ajustées.
Cette qualité inhérente à Geburah a, du reste, incité la tradition à lui associer le symbole de l’épée. Or, l’épée, symbole guerrier par excellence, évoque évidemment la guerre. Toutefois, il ne s’agit pas ici d’une guerre destructrice cherchant à assouvir des instincts belliqueux, mais bien d’une guerre constructive qui annihile l’action des forces négatives de l’involution. Ainsi, l’épée devient l’outil d’une guerre intérieure, la véritable guerre sainte conduisant à une authentique alchimie spirituelle de l’être.
Associé à la sephirah Geburah et au symbole de l’épée qui lui est attribué, Mars représente en outre l’énergie dynamique qui incite l’homme à s’investir sans cesse dans l’action et à percevoir l’obstacle comme une occasion de se dépasser, de vaincre ses propres peurs et de développer ses ressources intérieures. C’est pourquoi les astrologues ont généralement associé à Mars les mots-clés suivants : incarnation, énergie dynamique, purification et combativité.

D’un point de vue astrologique, Mars incarne d’abord l’énergie dynamique permettant à l’homme de s’incarner pleinement dans le monde, tout en lui conférant le pouvoir d’agir, d’entreprendre et de construire sur le plan terrestre. En ce sens, il est très étroitement associé à l’énergie du feu qui anime et dynamise toute chose. Ainsi la tradition de l’hermétisme chrétien, conformément aux croyances alchimiques, a toujours reconnu dans le feu cette force caractéristique de l’influence martienne. En effet, puissant vecteur d’incarnation, le feu est également un élément permettant d’extraire de la matière apparemment inerte l’énergie nécessaire pour agir et œuvrer.
Ainsi, sur un plan purement organique, l’énergie vitale permettant à l’organisme de se déplacer provient précisément de l’activité métabolique. Or, le métabolisme repose sur un processus d’oxydoréduction au cours duquel un véritable feu, alimenté par l’oxygène, permet la décomposition des molécules alimentaires et l’extraction d’une importante énergie. Ajoutons en outre que l’oxygène, indispensable à l’entretien de ce feu organique, est transporté des poumons vers les cellules par les hématies (globules rouges), essentiellement constituées autour d’une molécule de fer (un métal martien). Ce feu organique est donc étroitement lié aux forces de Mars.
De même, il existe également un feu sur le plan émotionnel, c’est le feu astral des occultistes. Il entretien, quant à lui, la vitalité émotionnelle et la force du désir. Or, c’est la puissance du désir qui incite l’homme à poser une action, à se mouvoir et à avancer en dépit des forces naturelles de l’inertie. A ce titre, il est remarquable de constater comment celui qui ne maîtrise pas harmonieusement ce feu émotionnel, présente généralement des problèmes organiques associés au métabolisme ou des pathologies sanguines.
Enfin, il existe un feu de nature spirituelle, c’est le feu de l’esprit qui, à la manière du feu dévorant dont parle le psalmiste, génère une importante énergie soutenant la vie intérieure, comme il soutient sur d’autres plans la vitalité organique ou l’action héroïque. « Je suis venu apporter un feu et comme j’aimerais qu’il soit déjà allumé. » déclare le Christ (Luc XII, 49). C’est aussi le feu des alchimistes qui, suscité par l’activité spirituelle, éveille à son tour, au sein de la matière, les forces intérieures qui la purifient, la rectifient et la rendent radioactive.
Ainsi donc, Mars incarne, sur tous les plans, une énergie dynamique et les forces vives du feu à propos desquelles Gaston Bachelard déclare fort pertinemment : « Le feu est un phénomène privilégié qui peut tout expliquer. Si tout ce qui change lentement s’explique par la vie, tout ce qui change vite s’explique par le feu. Le feu est l’ultra-vivant. Le feu est intime et il est universel. Il vit dans notre coeur, il vit dans le ciel, il monte des profondeurs de la substance et s’offre comme un amour ». (Bachelard, Gaston, Psychanalyse du feu, Paris, 1938.
Par ailleurs, si Mars est associé au principe de l’incarnation, il est également très intimement lié au processus de différenciation. Ainsi, il est parfois une source de tension. En effet, cette planète est toujours à l’origine du rapport d’opposition permettant d’établir une distinction entre les êtres. Par exemple, l’énergie martienne est tout particulièrement agissante au cours de l’adolescence. En effet, à la recherche de son identité et de ses valeurs propres, l’adolescent s’oppose d’abord à ses parents et cette opposition lui permet ensuite d’affirmer sa spécificité. Or, c’est là un processus bien caractéristique de l’incarnation puisqu’il amène l’individu, désormais différencié, à se construire sa propre identité psychique.
Sur un tout autre plan, enfin, Mars confère également une impressionnante combativité pouvant servir à lutter contre les tendances égoïques qui cherchent pernicieusement à dominer la conscience. Aussi, Mars est, du point de vue initiatique, l’initiateur du chevalier légendaire qui s’engage, armé des outils nécessaires, à terrasser le dragon. Omniprésent dans tous les récits chevaleresques, le dragon représente simplement les forces démoniaques du monde.
A ce sujet, il importe ici de bien prendre conscience que le mot « démon » est un anagramme du mot « monde ». Ainsi donc, le démon est une incarnation inversée des forces du monde (ces forces sont alors mises au service de l’ego et ne peuvent plus, dès lors, servir de support à l’esprit). Sous l’influence des forces démoniaques, la personnalité inverse donc sa fonction originelle en asservissant ainsi les forces de l’esprit.
Au niveau de la nature humaine, le dragon représente également les cristallisations, les frustrations et les échecs accumulés au cours de l’existence. En effet, tout cela constitue bien souvent une force d’inertie qui incite l’homme à renoncer au combat de la vie. Le dragon incarne alors toutes les formes malsaines de culpabilité ainsi que les peurs et les angoisses face à l’avenir. Immobilisé par ces blocages psychiques, l’homme est alors incapable d’entreprendre de nouveaux projets ou simplement d’avancer sur le sentier de son évolution.
Aussi, pour ne pas succomber à ces états mortifères, il importe de revêtir les armes du chevalier qui, sans peur et sans reproche, s’attache principalement à vivre le moment présent plutôt qu’à être prisonnier du passé ou otage d’un hypothétique futur. Cette arme donne alors tout son sens à l’expression « sans peur et sans reproche » et revêt en conséquence une extrême importance. En effet, vivre le moment présent est la seule véritable clef permettant de réussir sa vie dans ce monde de l’incarnation.
Ainsi, celui qui vit dans le passé ne peut rien accomplir maintenant puisqu’il n’est pas entièrement investi dans le présent. Plus encore, il encourt également le risque de se programmer à l’échec et dès lors, il s’enlève définitivement toute chance de réussite. De même, celui qui vit en fonction du futur, nourrissant en cela de vaines espérances, est tout aussi incapable de réussir. Fuyant toujours illusoirement vers un avenir et un monde meilleurs, il ne l’atteint bien évidemment jamais. Or, l’énergie martienne infuse au contraire un véritable courage permettant de mener une lutte pour la vie et de reconnaître dans le moment présent le seul terrain propice à la réalisation de soi.
Remarquons enfin que ce combat pour la vie suppose inévitablement une certaine forme d’ascèse. Ainsi, une discipline ascétique est toujours pratiquée de manière exemplaire par le futur chevalier (isolement, jeûne, veille, silence) afin d’exorciser son sentiment de culpabilité et ses peurs face à l’avenir. Cette notion d’ascèse est d’ailleurs très explicite au niveau de la kabbale qui, nous l’avons vu, considère la planète Mars comme l’incarnation dans le monde visible de la sephirah Geburah.
Or, avons-nous dit, Geburah est la sephirah de la rigueur, de la sévérité et de la justice. Certes, ce n’est pas ici la justice de Jupiter toute empreinte de bonté et sachant faire preuve de miséricorde. Ce n’est pas non plus la justice de Vénus, basée sur l’équité et cherchant à faire régner entre tous un rapport d’harmonie. La justice propre à Mars est une justice tranchante, rendue par le glaive ou l’épée, rendant ainsi témoignage à la vérité.

Au niveau de la mythologie, Mars correspond chez les Grecs à Arès, le fils de Zeus et d’Héra. A son sujet, la mythologie grecque se montre cependant peu loquace.
Toutefois, elle en fit bien évidemment le dieu de la guerre. « Tantôt, armé d’une longue pique dont il perçait les plus épais boucliers, il s’avançait comme un géant aux grands pas, en poussant une clameur pareille à celle que pourraient faire entendre neuf ou dix mille redoutables guerriers. Tantôt, monté sur un char aux rênes d’or, traîné par des coursiers fougueux comme le vent des tempêtes, il disloquait les rangs serrés des combattants, faisait voler en éclat les chars sonores de la guerre, et abattait les murailles qui protégeaient les villes. » (Meunier, Mario, La légende dorée des dieux et des héros, Albin Michel.)
Sur un plan symbolique, ces « épais boucliers », ces « rangs serrés des combattants » et ces « murailles qui protégeaient les villes » représentent ici les cristallisations forgées par l’homme tout au long de son existence en réaction aux assauts de la vie et qui, malheureusement, le retiennent prisonnier. Par la formidable énergie qu’Arès infuse, il devient alors possible de pulvériser ces cristallisations mortifères pour pouvoir à nouveau se lancer, plus fougueusement encore, dans les multiples expériences de la vie.
De même encore, si Arès renverse tout sur son passage, c’est aussi pour rappeler à l’homme qu’il est vain de s’attacher à la matière :  il risquerait alors de s’y enliser. De cette matière, Arès enseigne que l’homme n’est qu’un passant qui doit savoir trouver dans la matière (et toutes les oppositions qu’elle lui présente) l’occasion d’expérimenter et d’affermir les valeurs qu’il porte au plus profond de lui-même. Toutefois, il ne doit pas s’attacher aux formes qui ne sont qu’illusoires et éphémères dans un monde essentiellement caractérisé par une mouvance perpétuelle (en effet, ceci l’entraînerait à un éparpillement de ses énergies dynamiques et à une vaste errance).
Enfin, il importe de faire allusion aux amours célèbres d’Arès et d’Aphrodite. En effet, la mythologie rapporte un curieux récit : « Arès le bien musclé obtint les faveurs de la plus belle des déesses, Aphrodite, épouse peu satisfaite d’Héphestos le boiteux. Les deux amants se retrouvaient sans gêne dans le lit du mari. Héphestos apprit son infortune et médita une revanche, à laquelle il mit tout son art de forgeron. Il fabriqua un réseau de fils métalliques, plus fins que ceux de l’araignée et le disposa, comme une trappe, au-dessus du lit.
« Puis il annonça son départ pour Lemnos. Arès accourt chez sa maîtresse. « Viens, dit-il, ma belle ! Quel plaisir de s’aimer ! … Héphestos est en voyage, Héphestos est chez les sauvages ! … ». A peine les amoureux couchés, le piège se déclenche : le filet, du plafond, descend sur eux et les enserre. Il ne peuvent ni sortir du lit, ni même remuer bras et jambe. Alors dans tout l’Olympe, Héphestos, à grands cris, invite les dieux à contempler son déshonneur. » (Meunier, Mario, La légende dorée des dieux et des héros, Albin Michel.)
Ces derniers, poursuit le récit, se regroupent autour du lit. « Ils éclatent d’un rire moqueur en voyant Arès et Aphrodite s’être ainsi laissé prendre. Hermès énonce alors à haute voix la pensée d’Arès : « Ces liens sur mes membres et trois fois plus inextricables, et tout l’Olympe en choeur riant autour de moi ne paieraient pas trop cher le plaisir d’être dans ce lit et de tenir dans mes bras ce beau corps ! … ». Les dieux l’entendent, leur rire monte plus haut. Est-il si ridicule, le beau soudard aimé ? Ils ne rient plus de lui. Ils rient de joie, pensant au plaisir de l’amour. »  (Meunier, Mario, La légende dorée des dieux et des héros, Albin Michel.)
Sur un plan symbolique, cette légende illustre bien la sublimation de l’énergie dynamique (incarnée par Arès) sous l’effet de l’amour (incarné par Aphrodite). En effet, se laissant prendre au piège de l’amour, Arès s’assagit : il perd de cette fougue qui l’incite à constamment s’extérioriser (il ne peut plus bouger ni le bras ni la jambe) pour se tourner vers des valeurs plus intérieures (la beauté et l’amour qu’il tient entre ses bras). Devant l’amour, dit-on ordinairement, l’être humain perd tous ses moyens.
Or, c’est précisément ce qu’illustre ce récit. Ainsi, nous apprenons que seul l’amour peut esthétiser le pouvoir d’action en le rendant docile aux valeurs de l’esprit. Les rires qu’Arès suscite chez les dieux de l’Olympe confirment du reste éloquemment cette esthétisation. En effet, par la vision de cette union amoureuse entre Arès et Aphrodite, les dieux accèdent alors à d’autres horizons. Ne dit-on pas que le rire transporte en illustrant cette mystérieuse déconnexion de la réalité provoquée momentanément par le rire ? La sagesse ancienne affirmait même que le rire était la porte des dieux.

Extraits : L’astrologie Planétaire de Charles-Rafaël Payeur & ABC des prévisions astrologiques de Danièle de Caumon.

coyote
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